Lettre ouverte aux développeurs, défenseurs et promoteurs des standards numériques

L'industrie a toujours dépendu des standards et des normes, et les industries traditionnelles ont construit leurs standards sur une approche de l'innovation lente, contrôlée et dirigiste. Les standards de l'ère industrielle sont souvent encombrés de brevets, lourds et complexes.

Ils peuvent être coûteux à implémenter, et donc accessibles uniquement aux grosses entreprises déjà établies.

Mais il y a maintenant presque quarante ans, Steve Crocker et son équipe de l'UCLA ont écrit la RFC001 et mis en oeuvre les premiers réseaux à la base d'Internet, sur un modèle différent fondé sur des valeurs humaines anciennes de partage et de coopération. Sa vision, et celle des pionniers d'Internet, était celle d'un monde numérique construit sur des standards simples et interopérables, accessibles à coût nul même aux plus petites équipes. En grande part, leur rêve devient réalité.

Aujourd'hui, nous sommes habitués à un Internet constitué de logiciels, de contenus et de développements ouverts.

Mais si beaucoup adhèrent à ce modèle, quelques-uns ne l'aiment pas. Dans les industries des télécoms, des loisirs et des logiciels, nous entrevoyons la disparition des éditeurs historiques et leur remplacement par de nouvelles communautés internet.

Et beaucoup d'anciens industriels, au lieu de s'adapter à cette nouvelle donne, la combattent. Et la lutte s'intensifie à mesure que les intérêts augmentent.

Les logiciels libres et open source, les contenus ouverts et les communautés ouvertes, tous réunis, valent quelques milliers de milliards de dollars.

La clé pour contrôler cet écosystème très riche est le contrôle des standards numériques dont ils dépendent.

Du résultat de ce conflit dépendra notre avenir numérique. À un extrême, la vision de Steve Crocker se réalise, et le futur se construit sur des standards numériques libres et ouverts. À l'autre extrème, les entreprises historiques de télécom, de loisirs et de logiciels prennent le contrôle des standards numériques mondiaux en noyautant les processus de standardisation et en recourant aux brevets logiciels.

Essayez d'imaginer le monde si la RFC001 était la propriété d'un consortium d'entreprises de télécom. Imaginez que les technologies d'Internet aient été développées par ces firmes, et quelques partenaires choisis, que chaque RFC soit sous la coupe d'une douzaine de brevets, de sorte que l'envoi d'un courriel ou le téléchargement d'une page web entraînerait le paiement de coûts de licence, que chaque clic soit facturé. Jetez un oeil à votre facture de téléphone mobile, et vous verrez comme cette réalité est proche.

Nous sommes un groupe de défenseurs, d'experts et de développeurs de standards ouverts. Nous pensons que l'égalité d'accès à un marché libre est un droit humain fondamental. Nous voulons conserver libres et ouverts tous les standards numériques, et tout particulièrement ceux qui fondent Internet, et nous avons l'intention de mener la bataille contre l'appropriation des standards numériques par quelques éditeurs historiques.

En septembre 2007 nous avons constitué l'Organisation des Standards Numériques (en anglais, Digital Standards Organization, ou Digistan).
Nous construisons une nouvelle organisation mondiale à but non lucratif destinée à défendre et promouvoir les standards numériques ouverts, et nous vous appelons à venir nous rejoindre.

Digistan est constituée de groupes de volontaires répartis dans le monde, fédérés par des listes de diffusion et des wikis. Nous nous concentrons sur les standards eux-mêmes, sur les politiques gouvernementales et sur les outils nécessaires à l'élaboration collective des standards ouverts.

Le 21 mai 2008, nous serons à la Haye, aux Pays-Bas, pour signer la Déclaration de la Haye. Ce document explique pourquoi les gouvernements démocratiques sont obligés par le droit international, et dans la plupart des cas par leurs propres constitutions, d'utiliser uniquement des standards libres et ouverts lorsqu'ils achètent des technologies numériques, que ce soit pour leur relation aux citoyens, ou en interne.

Vous pouvez signer cette déclaration dès aujourd'hui à l'adresse : http://www.digistan.org/hague-declaration:fr

De nombreux groupes soutiennent les standards numériques libres et ouverts.

Aujourd'hui, il est grand temps pour eux de se rassembler. Si vous appartenez à l'un de ces groupes, écrivez-nous à gro.natsigid|tcatnoc#gro.natsigid|tcatnoc.

Digistan est votre voix, et les groupes locaux de Digistan à travers le monde sont vos amis.

Le 7 avril 2009, nous célébrerons le 40e anniversaire d'Internet. D'ici quarante ans, Internet restera-t-il le cadre d'une économie libre à laquelle chacun peut participer, ou aura-t-il été verrouillé par quelques entreprises historiques et des standards propriétaires ?

Lettre ouverte signée par les fondateurs de Digistan, the Digital Standards Organization:

  • Alberto Barrionuevo, Président, FFII
  • Alexandra Combes, ESOMA, Présidente FFII France
  • Stefan Gustavson
  • Benjamin Henrion, ESOMA, FFII and AEL
  • Pieter Hintjens, ESOMA, iMatix, ancien Président FFII
  • Jan Husar, SKOSI
  • Bob Jolliffe, FTISA (Freedom to Innovate South Africa)
  • Michiel Leenaars, NLnet foundation
  • René Mages, membre des Conseils d'administration FFII et FFII France
  • Wladek Majewski, Coalition for Open Standards
  • Tristan Nitot, co-founder of Mozilla Europe and OpenWeb.eu.org
  • Steve Pepper, Ontopedia
  • Nicolas Pettiaux, Vice President, APRIL
  • Chris Puttick, Oxford Archaeology
  • André Rebentisch, Openstandards.de
  • Charles-H. Schulz, Ars Aperta and ESOMA
  • Mark Taylor, Open Source Consortium
  • Andy Updegrove
  • Robert Weir, An Antic Disposition
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